Grand strongle : le retour d’un parasite qu’on croyait disparu

Dans un grand centre équestre en Bretagne, la mort d’un équidé a révélé le retour inattendu des grands strongles, des parasites que l’on pensait presque disparus. Comment évaluer la présence de ces parasites au sein de sa structure ? Comment éviter leur réapparition ?

On distingue 2 types de strongles :

🔹les grands strongles (comme Strongylus vulgaris),

🔹et les petits strongles (ou cyathostomes), dont le cycle de vie diffère nettement.

Les strongles digestifs sont fréquents dans le côlon et le cæcum des équidés pâturant en plein air.

Les larves des grands strongles migrent hors de l’intestin, dans la paroi des artères, le foie, le pancréas ou la paroi abdominale. À l’inverse, les larves des petits strongles restent dans la paroi intestinale, où elles s’enkystent et peuvent suspendre leur développement durant plusieurs mois (hypobiose).

 

Le cycle interne (délai entre l’ingestion d’une larve infestante et l’apparition des œufs dans les crottins) dure 6 à 7 mois chez les grands strongles, contre 1 à 3 mois chez les petits strongles.

 

Ce sont principalement les stades larvaires des strongles qui entraînent les manifestations cliniques les plus sévères. Pour les grands strongles, la migration larvaire vers différents organes peut induire coliques, thromboses, anévrismes, dysfonctionnements rénaux ou cardiaques, et parfois la mort de l’animal. Pour les petits strongles, la reprise simultanée du développement larvaire peut entraîner des troubles digestifs, voire la mort dans les formes sévères comme la cyathostomose larvaire.

Comment évaluer la présence de ces parasites ?

Le diagnostic repose principalement sur l’analyse des crottins, appelée coproscopie. Les échantillons de crottins sont mélangés à une solution d’eau saturée en sel, ce qui permet aux œufs, plus légers, de remonter à la surface, et de les quantifier. Comme les œufs des grands et petits strongles ont une morphologie similaire, il est difficile de les distinguer.

 

En revanche, leurs larves infestantes présentent des caractéristiques distinctes : 8 cellules digestives chez les petits strongles contre 16 à 32 cellules chez les grands strongles.

Pour obtenir ces larves, il suffit de réaliser une coproculture (mise en culture des œufs).

Cas d'étude...

Septembre 2024 : alerte !!

En Bretagne, la mort soudaine  d’une ponette de 13 ans dans un centre équestre suscite une vive inquiétude : l’autopsie révèle de graves lésions causées par Strongylus vulgaris, un grand strongle digestif.

🔹Évaluation de la situation parasitaire du troupeau :

En juin 2025, des coproscopies et des coprocultures ont été réalisées sur 8 des 24 chevaux du centre. Tous excrétaient entre 470 et 1 400 œufs de strongles par gramme de crottin.

 

Des larves de grands strongles ont été retrouvées dans les crottins de 4 chevaux sur 8 (50 %), tandis que des larves de petits strongles étaient présentes chez tous (100 %). Le ratio grands/petits strongles variait selon les individus, allant de 3 à 50 larves de grands strongles pour 100 larves. Les 4 chevaux excréteurs de S. vulgaris, âgés de 7 à 15 ans, ne présentaient pourtant aucun signe clinique.

🔹Action :

À la suite de ces analyses, l’ensemble des chevaux a été traité avec un vermifuge vétérinaire. Quatorze jours plus tard, les coprocultures ne révélaient plus aucune larve de grand strongle.

🔹Constats importants :

→ l’âge n’influence pas le risque d’infestation par S. vulgaris,

→ la quantité d’œufs de strongles dans les crottins ne présage pas de la présence ou non de grands strongles.

🔹Et maintenant ?

De nouvelles coproscopies et coprocultures vont être réalisées afin de suivre la présence de grands et petits strongles et d’adapter le protocole de gestion parasitaire.

‼️ Les protocoles de gestion parasitaire doivent inclure, au minimum, une coproculture annuelle réalisée à partir d’un mélange de crottins de plusieurs animaux, afin de vérifier la présence éventuelle de grands strongles.

Votre vétérinaire peut vous aider dans la mise en place de cette analyse. Depuis janvier 2026, le laboratoire de santé animale de l’Anses, sur le site de Normandie Équine Vallée à Goustranville, mène un programme de surveillance des grands strongles. Pour toute question : aurelie.merlin@anses.fr

Vermifuger : ni trop, ni trop peu

Depuis l’introduction des vermifuges vétérinaires dans les années 1960, les grands strongles avaient quasiment disparu, au profit des petits strongles désormais majoritaires. Cependant, l’arrêt ou la réduction de l’usage de ces traitements peut favoriser le retour des grands strongles. C’est exactement ce qui s’est produit dans ce centre équestre breton, où les vermifuges n’avaient pas été utilisés depuis plusieurs années.

« À l’inverse, l’utilisation trop fréquente de vermifuges favorise la sélection de populations de parasites résistants. Il est donc important de rationaliser l’usage des vermifuges vétérinaires afin de limiter l’apparition de résistances chez les petits strongles ou d’autres parasites (anoplocéphales, Parascaris spp.). »

Normandie Équine Vallée (Goustranville)

Expertise scientifique : Aurélie MERLIN (Anses)

Vulgarisation : Orianne CHOLET (Normandie Équine Vallée)

Partenaires scientifiques :