Face à l’anémie infectieuse des équidés, où en sommes nous ?
Un virus qui persiste à vie ? L’Anémie Infectieuse Équine (AIE) est une maladie virale, causée par un virus de la famille des Retroviridae, genre Lentivirus, auquel appartient aussi le VIH.
Le virus de l’AIE est transmis principalement de façon mécanique, par des insectes hématophages (tels que les taons et stomoxes). Des contaminations peuvent aussi survenir lors de transferts de sang ou de plasma contaminé, ou via l’utilisation de matériel contaminé (seringues, aiguilles, matériel de dentisterie, etc.). La jument infectée peut également transmettre le virus à son fœtus in utero.
Le projet de recherche
👆 Cécile effectue ses travaux de recherche au sein de l’Unité PhEED du Laboratoire de Santé animale de l’Anses, hébergée dans les locaux de Normandie Équine Vallée à Goustranville.
Le projet de Cécile SCHIMMICH
Le projet de recherche porté par Cécile s’intitule « Caractérisation des interactions virus-cellule hôte du virus de l’AIE et exploration de nouvelles approches thérapeutiques ».
Il vise à caractériser les interactions cellule-hôte du virus de l’anémie infectieuse équine, à explorer de nouvelles approches thérapeutiques et à développer des médicaments antiviraux pour combattre cette maladie qui n’a aujourd’hui aucun traitement associé.
La maladie
L’AIE se caractérise par une fièvre intermittente, une thrombocytopénie, de l’anémie, une rapide perte de poids et de l’œdème dans les parties basses du corps. Cependant, de nombreux cas restent cliniquement asymptomatiques. Si l’animal survit à la phase aigüe de l’infection, un état chronique s’installe et l’infection tend à devenir inapparente.
L’équidé infecté reste porteur à vie du virus qu’il peut excréter de manière intermittente et récurrente, sans toutefois présenter de signes cliniques. Il devient donc le véritable réservoir du virus et donc une source de contamination. Il n’existe aucun vaccin ni aucun traitement permettant d’éliminer le virus de l’organisme d’un animal contaminé.
Comment observer le virus ?
A. Photo au microscope optique de cellules de derme équin infectées :
Au grossissement x400 d’un microscope optique, nous observons des cellules du derme équin : des fibroblastes. Le virus de l’anémie infectieuse équine infecte ces cellules in vitro. Nous pouvons vérifier cette infection grâce à des méthodes de détection moléculaire (PCR), mais aucun changement visuel ne peut témoigner de cette infection au microscope optique.
⬆️ Source : Cécile SCHIMMICH, 2022, Anses – Laboratoire de santé animale, Unité PhEED.
B. Photo en microscopie à fluorescence de cellules de derme équin infectées :
La technique d’Immuno-Fluorescence permet d’observer la présence de particules virales dans des cellules infectées à l’aide de la microscopie : dans une cellule du derme équin infectée, le virus est marqué en vert grâce à un anticorps couplé à la GFP, protéine fluorescente verte, le noyau de la cellule en bleu par le marquage DAPI et la tubuline en rouge par le marquage d’une protéine structurale de la cellule.
⬆️ Source : Delphine GAUDAIRE, 2017, Anses – Laboratoire de santé animale, Unité PhEED
Que savions-nous ?
Le virus de l’anémie infectieuse équine (VAIE) est un lentivirus équin apparenté au virus de l’immunodéficience humaine de type 1 (VIH-1). Les deux virus sont apparentés au sein de la famille des Retroviridae, mais leurs manifestations cliniques sont différentes car le VAIE provoque une infection persistante de longue durée sans dysfonctionnement immunitaire progressif dans la plupart des cas.
Aujourd’hui, aucun traitement n’est approuvé contre le VAIE, contrairement au VIH-1, gérable par une thérapie antirétrovirale, connue sous le nom de HAART (traitement antirétroviral hautement actif) ou cART (traitement antirétroviral combiné).
De plus, aucune information sur l’efficacité des médicaments antirétroviraux contre le VAIE n’est disponible dans la littérature.
Comment lutter contre ce parasite ?
En France, une enquête réalisée auprès de détenteurs a montré que 94,5 % d’entre eux traitaient les équidés de moins d’un an sans évaluation au préalable du risque, avec de l’ivermectine (73,7 % des détenteurs), du fenbendazole (71,7 %) et/ou du pyrantel (41,2 %). Ces traitements étaient souvent administrés à une fréquence élevée (jusqu’à tous les 1 à 2 mois) et avec une estimation approximative de la dose (Merlin and Delerue, 2025).
Malheureusement, ces pratiques favorisent la sélection de populations de parasites résistantes. En France, les données concernant l’efficacité des vermifuges contre Parascaris spp. restent encore peu limitées. Toutefois, des populations de Parascaris spp. résistantes à l’ivermectine ont été identifiées dans des élevages de chevaux de course Normands en 2012 et 2013 (Geurden et al., 2013; Laugier et al., 2012).
Qu’avons-nous appris ?
Résultats
🔹Des œufs de Parascaris spp. sont identifiés dans les crottins de 23,8 % des foals, confirmant une excrétion fréquente chez les jeunes équidés.
🔹Le risque d’excrétion est plus élevé chez les poulains âgés entre 4 et 6 mois, puis diminue significativement.
🔹La présence d’un pâturage mixte simultané avec d’autres équidés est associée à une probabilité d’excrétion plus faible par rapport à l’absence de pâturage mixte.
🔹Des populations de Parascaris spp. résistantes à l’ivermectine et au pyrantel ont été mises en évidence dans des élevages de chevaux.
La thèse se poursuit actuellement afin d’approfondir et d’enrichir ces premiers résultats grâce à la collecte et à l’analyse de nouvelles données. Les résultats complets de ces travaux seront présentés à l’occasion de la soutenance de la thèse fin 2026. En attendant, écoutez Kenza présenter son sujet et ses résultats sur Parascaris spp. 🪱 avec pédagogie et enthousiasme.👇
👆 Kenza a obtenu le 𝟮ᵉ 𝗽𝗿𝗶𝘅 𝗱𝘂 𝗷𝘂𝗿𝘆 au concours Ma thèse en 180 secondes.🏆
Perspectives et retombées
A terme, ce projet ambitionne de fournir aux éleveurs et aux vétérinaires des recommandations de gestion des parasites, afin de réduire le niveau d’infestation environnementale, la pression de sélection et, par conséquent, de limiter le recours aux vermifuges.
‼️ Une gestion plus raisonnée des traitements anthelminthiques est essentielle pour préserver le plus longtemps possible leur efficacité et éviter une impasse thérapeutique.
Helminth control practices used by equine keepers in France: a national survey.
Prev. Vet. Med. 245, 106695.
Merlin, A., Ravinet, N., Briot, L., Chauvin, A., Hébert, L., Valle-Casuso, J.-C., Delerue, M., 2024
Prevalence and seasonal dynamic of gastrointestinal parasites in equids in France during two years.
Prev. Vet. Med. 223, 106100.
Sallé, G., Guillot, J., Tapprest, J., Foucher, N., Sevin, C., Laugier, C., 2020
Compilation of 29 years of postmortem examinations identifies major shifts in equine parasite prevalence from 2000 onwards.
Int. J. Parasitol. 50, 125–132.
Geurden, T., Betsch, J.-M., Maillard, K., Vanimisetti, B., D’Espois, M., Besognet, B., 2013
Determination of anthelmintic efficacy against equine cyathostomins and parascaris equorum in France.
Equine Vet. Educ. 25, 304–307.
Laugier, C., Sevin, C., Ménard, S., Maillard, K., 2012
Prevalence of Parascaris equorum infection in foals on French stud farms and first report of ivermectin-resistant P. equorum populations in France.
Vet. Parasitol. 188, 185–189.
« Comprendre le mode de transmission des performances est nécessaire pour développer des indicateurs précoces qui permettront d’adapter la carrière et l’entraînement du cheval à ses capacités naturelles dès son plus jeune âge, et ainsi préserver sa santé et son bien-être tout au long de sa carrière sportive. »
Normandie Équine Vallée à Goustranville
Doctorante : Kenza BOURRIER (Anses)
Encadrement : Aurélie MERLIN (Anses)
Partenaires scientifiques :
Financeurs du projet :