Approfondissement des connaissances sur Parascaris spp. infestant les poulains
Un ver de 50 cm dans l’intestin de vos poulains ? Parascaris spp. touche environ 1 poulain sur 3 et peut causer coliques, occlusions intestinales, voire la mort. Comment ce parasite s’installe-t-il, et comment le détecter à temps ?
Parascaris spp. est un nématode, c’est-à-dire un ver rond, parasite du tube digestif des équidés. Les poulains âgés de moins de deux ans sont particulièrement sensibles aux infestations par Parascaris spp. En effet, l’immunité contre ce parasite se met en place progressivement, à partir d’environ 6 mois, à la suite d’un contact répété et prolongé avec le parasite.
Le projet PARAS-METRE
Chez les poulains âgés de moins de 1 an, les Parascaris spp. constituent les principaux parasites digestifs du fait d’une prévalence d’infestation élevée et d’une pathogénicité importante.
Le contrôle de ces parasites repose essentiellement sur l’utilisation de vermifuges. Cependant, des traitements trop fréquents favorisent la sélection de parasites résistants aux vermifuges, diminuant progressivement leur efficacité.
Le projet de Kenza BOURRIER
Le projet de recherche porté par Kenza s’intitule « Caractérisation des populations de Parascaris spp. chez les poulains en France : prévalence, résistance et phylogénie ».
Il vise à améliorer les connaissances sur ce parasite en Normandie, première région française de production de poulains, où les enjeux sanitaires liés au parasitisme sont particulièrement importants.
Dans le cadre de ses travaux de recherche, Kenza poursuit un double objectif :
- Évaluer la prévalence de Parascaris spp. chez les jeunes équidés et identifier les facteurs de risque associés aux infestations,
- Évaluer sur le terrain l’efficacité des anthelminthiques utilisés contre Parascaris spp.
👆 Kenza effectue ses travaux de recherche au sein de l’Unité PhEED du Laboratoire de Santé animale de l’Anses, hébergée dans les locaux de Normandie Équine Vallée à Goustranville.
Parascaris : cycle biologique et conséquences cliniques
Les femelles adultes excrètent des œufs dans les crottins. Une fois dans l’environnement, une larve se développe à l’intérieur des œufs. Ces œufs embryonnés constituent des éléments infestants. Lors de leur ingestion par un poulain, les larves éclosent, migrent à travers plusieurs organes, le foie, le cœur et les poumons, puis s’installent dans l’intestin grêle, où elles atteignent leur stade adulte. Cette migration est à l’origine de lésions tissulaires et peut provoquer des signes cliniques parfois marqués, tels que des diarrhées, des coliques et des troubles respiratoires.
Le cycle biologique complet du parasite dure environ 2,5 à 3,5 mois, et les vers adultes, en particulier les femelles, peuvent atteindre jusqu’à 50 cm de longueur. En raison de leur taille, l’accumulation de ces vers dans l’intestin peut entraîner des occlusions intestinales, voire des ruptures de l’intestin dans les cas les plus graves. En France, une étude menée par l’Anses entre 1987 et 2015 a révélé que ces parasites étaient associés à la mortalité de 19 sur 1 673 équidés âgés de moins de deux ans qui ont été autopsiés (Sallé et al., 2020).
Comment détecter le parasite ?
La détection de Parascaris spp. repose le plus souvent sur l’analyse des crottins, appelée coproscopie. Cette technique repose sur le principe de flottation : les échantillons de crottins sont mélangés à une solution d’eau saturée en sel, ce qui permet aux œufs, plus légers, de remonter à la surface. L’examen est réalisé à partir de crottins frais, prélevés au sol immédiatement après leur émission.
En France, les informations disponibles sur la présence de Parascaris spp. sont encore limitées. Les quelques études existantes montrent que ce parasite est fréquent chez les poulains, avec environ un tiers des animaux infestés. Toutefois, ces études se sont principalement focalisées sur une population particulière, des chevaux de course, et reposaient sur des effectifs restreints (Laugier et al., 2012 ; Merlin et al., 2024).
⬆️ Cette image prise au microscope optique montre un œuf de Parascaris spp., mesurant environ 90 à 100 µm. Ces œufs sont ronds, de couleur orangé-brun, et possèdent une coque très épaisse, particulièrement résistante à l’environnement.
Comment lutter contre ce parasite ?
En France, une enquête réalisée auprès de détenteurs a montré que 94,5 % d’entre eux traitaient les équidés de moins d’un an sans évaluation au préalable du risque, avec de l’ivermectine (73,7 % des détenteurs), du fenbendazole (71,7 %) et/ou du pyrantel (41,2 %). Ces traitements étaient souvent administrés à une fréquence élevée (jusqu’à tous les 1 à 2 mois) et avec une estimation approximative de la dose (Merlin and Delerue, 2025).
Malheureusement, ces pratiques favorisent la sélection de populations de parasites résistantes. En France, les données concernant l’efficacité des vermifuges contre Parascaris spp. restent encore peu limitées. Toutefois, des populations de Parascaris spp. résistantes à l’ivermectine ont été identifiées dans des élevages de chevaux de course Normands en 2012 et 2013 (Geurden et al., 2013; Laugier et al., 2012).
Qu’a-t-on découvert ?
Résultats
🔹Des œufs de Parascaris spp. sont identifiés dans les crottins de 23,8 % des foals, confirmant une excrétion fréquente chez les jeunes équidés.
🔹Le risque d’excrétion est plus élevé chez les poulains âgés entre 4 et 6 mois, puis diminue significativement.
🔹La présence d’un pâturage mixte simultané avec d’autres équidés est associée à une probabilité d’excrétion plus faible par rapport à l’absence de pâturage mixte.
🔹Des populations de Parascaris spp. résistantes à l’ivermectine et au pyrantel ont été mises en évidence dans des élevages de chevaux.
La thèse se poursuit actuellement afin d’approfondir et d’enrichir ces premiers résultats grâce à la collecte et à l’analyse de nouvelles données. Les résultats complets de ces travaux seront présentés à l’occasion de la soutenance de la thèse fin 2026. En attendant, écoutez Kenza présenter son sujet et ses résultats sur Parascaris spp. 🪱 avec pédagogie et enthousiasme.👇
👆 Kenza a obtenu le 𝟮ᵉ 𝗽𝗿𝗶𝘅 𝗱𝘂 𝗷𝘂𝗿𝘆 au concours Ma thèse en 180 secondes.🏆
Perspectives et retombées
A terme, ce projet ambitionne de fournir aux éleveurs et aux vétérinaires des recommandations de gestion des parasites, afin de réduire le niveau d’infestation environnementale, la pression de sélection et, par conséquent, de limiter le recours aux vermifuges.
‼️ Une gestion plus raisonnée des traitements anthelminthiques est essentielle pour préserver le plus longtemps possible leur efficacité et éviter une impasse thérapeutique.
Helminth control practices used by equine keepers in France: a national survey.
Prev. Vet. Med. 245, 106695.
Merlin, A., Ravinet, N., Briot, L., Chauvin, A., Hébert, L., Valle-Casuso, J.-C., Delerue, M., 2024
Prevalence and seasonal dynamic of gastrointestinal parasites in equids in France during two years.
Prev. Vet. Med. 223, 106100.
Sallé, G., Guillot, J., Tapprest, J., Foucher, N., Sevin, C., Laugier, C., 2020
Compilation of 29 years of postmortem examinations identifies major shifts in equine parasite prevalence from 2000 onwards.
Int. J. Parasitol. 50, 125–132.
Geurden, T., Betsch, J.-M., Maillard, K., Vanimisetti, B., D’Espois, M., Besognet, B., 2013
Determination of anthelmintic efficacy against equine cyathostomins and parascaris equorum in France.
Equine Vet. Educ. 25, 304–307.
Laugier, C., Sevin, C., Ménard, S., Maillard, K., 2012
Prevalence of Parascaris equorum infection in foals on French stud farms and first report of ivermectin-resistant P. equorum populations in France.
Vet. Parasitol. 188, 185–189.
« Comprendre le mode de transmission des performances est nécessaire pour développer des indicateurs précoces qui permettront d’adapter la carrière et l’entraînement du cheval à ses capacités naturelles dès son plus jeune âge, et ainsi préserver sa santé et son bien-être tout au long de sa carrière sportive. »
Vulgarisation scientifique : Kenza BOURRIER (Anses) et Orianne CHOLET (Normandie Équine Vallée).
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