Traiter la rhinopneumonie : un espoir pour demain ?

Depuis la crise de rhinopneumonie (forme nerveuse) survenue à Valence en Espagne en 2021 qui a entraîné la mort de 18 chevaux et stoppé les activités équestres durant plusieurs semaines en Europe, la recherche de traitements contre cette maladie s’est intensifiée. Cette recherche est réalisée dans le cadre d’un important travail partenarial.

Actuellement, pour lutter contre la forme nerveuse de la rhinopneumonie, éleveurs et vétérinaires disposent uniquement de la vaccination et de mesures de biosécurité pour limiter la circulation du virus. Aucun traitement médicamenteux ne bénéficie à ce jour d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’espèce équine. Or cette maladie, présente sur tous les continents, tue chaque année un nombre trop élevé de chevaux.

 

Un consortium de recherche a été créé en 2012 sous l’impulsion de LABÉO, rassemblant experts en virologie équine et humaine, spécialistes du criblage de molécules et pharmaciens. Plus récemment, un collaborateur de la Japan Racing Association (Japon) a séjourné à LABÉO, et ce partage d’expérience a enrichi le pool de molécules d’intérêt. Ainsi, 2 900 molécules ont été criblées par repositionnement (stratégie de recherche qui consiste à tester l’efficacité d’un médicament déjà commercialisé pour une autre maladie) sur des modèles de culture cellulaire (2D).

❶ Ces 2 900 molécules, issues de banques françaises, américaines et japonaises, ont été criblées grâce aux équipements (xCELLigence, eSight) de la plateforme ImpedanCELL, hébergée par Normandie Équine Vallée à Saint-Contest. Cette technologie de criblage haut débit est unique dans le monde de la recherche équine. Elle a permis de découvrir 3 molécules efficaces in vitro contre le virus HVE-1 responsable de la maladie, ouvrant la voie à un traitement par trithérapie.

« Un traitement par trithérapie pourrait sauver des chevaux atteints de rhinopneumonie forme nerveuse. »

Les 3 molécules sélectionnées ont des modes d’action différents sur le virus, ce qui présente un double avantage pour lutter contre l’HVE-1 :

 

🔸 elles agissent de manière complémentaire, permettant d’attaquer le virus sous plusieurs angles ;

 

🔸 elles limitent le risque de résistance au traitement, car le virus a moins de chances de s’adapter simultanément à plusieurs mécanismes d’action.

❷ L’absence d’effets indésirables de ces antiviraux a déjà été démontrée chez le cheval. La prochaine étape consiste à vérifier leur efficacité antivirale sur des modèles cellulaires en laboratoire et à optimiser les doses de chaque molécule avant de passer à des essais sur le terrain.

 


❸ Comme il n’est pas envisageable de reproduire expérimentalement la forme nerveuse chez les chevaux, les équipes testent actuellement l’efficacité du traitement sur des organoïdes 3D (version miniature et simplifiée d’un organe fabriquée in vitro) avant d’envisager le traitement de chevaux malades en conditions réelles.

 


❹ Si les résultats sur les organoïdes sont satisfaisants, un traitement métaphylactique pourrait alors être mis en place. Il s’agit d’un traitement à la fois préventif et curatif, administré à tout un groupe d’animaux exposés à un risque infectieux.

« Des molécules antivirales ont démontré leur effet contre le virus HVE-1 in vitro et un traitement par trithérapie est actuellement à l’étude sur modèle organoïdes, dernière phase avant les tests lors de foyers de rhinopneumonie. »

Normandie Équine Vallée (Saint-Contest)

Expertise scientifique : Stéphane PRONOST (LABÉO)

Vulgarisation : Orianne CHOLET (Normandie Équine Vallée)

Partenaires scientifiques :